Si je voulais faire le gamer arty-trendy, je te parlerai de Limbo en long en large en travers, des nuances de noir et blanc empreintes d'un certain lyrisme, et de l'inspiration baudelairienne EVIDENTE dans ses mécaniques illusoires (car j'ai fait des Lettres Modernes, ce qui me donne le droit de dire n'importe quoi du moment que c'est beau-beau et sémantiquement cohérent). Sauf que je n'y ai pas encore joué, j'attends que la caravane passe. Sinon je pourrais te la jouer mainstream 18/20 et te parler de Red Dead Redemption et Mario Galaxy 2, mais encore une fois je passe la main. Pas très bloggeur flatulent tout ça, n'est-il pas ? Parce qu'en fait et surtout, 2010 a été pour moi l'année du rattrapage de retard, de Bioshock à Dead Space en passant par les Assassin's Creed ou autres "jeux indés" et remake HD, tous plus mirobolants les uns que les autres. D'ailleurs je pourrais aisément placer le mode multi de Brotherhood tant il m'a surpris, partant comme la plupart d'un gros à priori sur son utilité et son impact sur la saga. Allez, disons que c'est mon coup de coeur de l'année passée.
Alors accroche toi Josette, c'est très simple : le multi de Assassin's Creed Brotherhood, c'est un jeu du chat et de la souris où tu es à la fois le chat ET la souris. Génial, non ? Et le pire dans tout ça, eh ben tu m'crois tu m'crois pas, ça marche du tonnerre. Je l'attendais sans grande espérance cette petite bouffée d'air frais dans le milieu sclérosé de simulateur de tueur en ligne, quand bonne sensation rime avec meurtres rapides, nerveux, avec un choix d'armes qui nous rappelle les plus beaux massacres du XXème siècle. Dans AC:B, on change quelque peu la donne, point de précipitation, le plus patient et créatif est le mieux récompensé. Tout est dans la surprise, dans l'approche pute/discrète adoptée pour approcher sa proie et délicatement l'assassiner, à coup de lame secrète dans le dos ou de poison à retardement. Uber kiff de voir sa proie s'effondrer comme un sale quelques mètres plus loin, à cause d'un frôlement fatal. Un rythme plus posé donc, sans compter le temps à prendre pour trouver sa cible TOUT EN se faisant le moins remarquer. Car dans l'ombre, un prédateur guette le moindre faux pas, le plus petit mouvement qui trahit immédiatement au milieu de tous ces PNJ vagabonds. L'idée est astucieuse et fait terriblement écho au mode solo, mais ici c'est le joueur qui décide, et il n'est pas rare de voir sa proie s'enfuir à la moindre faute. Le tout devient rapidement jouissif pour qui à la chance de tomber sur des parties de joueurs expérimentés.
Tout serait parfait si un énorme défaut qui tâche ne venait pas assombrir le menu : des chargements très lourds, m'ayant plongé plus d'une fois en apoplexie. Il n'est vraiment pas rare de voir le compteur du loading doucement s'affoler. Partant d'un rapide 8/8 joueurs trouvés, pour retomber à 5, puis remonter à 7, et redescendre à 2, rester à 2, rester à 2, un petit tour aux toilettes et c'est toujours à 2. BREF, quelque chose d'assez ignoble si tu as très faim de meurtres putassiers, là tout de suite maintenant.
Le petit plus que j'ai vraiment apprécié, tout simplement, c'est le bout de scénario qui vient t'accueillir lors de ta première incursion multijoueur, le filet d'huile d'olive sur la mozzarella. Si le mode solo donne la part belle aux assassins et à un seul point de vue, le multi, lui, se présente comme un centre d'entraînement massif d'Abstergo (fief des templiers, ennemis jurés, patati patata). Pour faire face au regain de confiance des Assassins depuis l'apparition de Desmond, des mesures sont prises : entraînement intensif dans l'Animus, en conditions réelles, dans des séquences ADN période Renaissance. Et là, petit coup de chapeau bas, le parallèle nombre de templiers/joueurs connectés s'imbrique parfaitement dans la logique du jeu : une poignée d'Assassins -dirigé par le joueur en solo- contre une horde de Templiers prêtes à l'action -potentiellement, tous les abonnés aux offres en ligne Xbox/PS3, histoire de te mettre un coup de cohérence dans les dents. Des Templiers en formation, par milliers, sans visages : la chair à canon parfaite qui laisse présager des choses épiques pour Assassin's Creed 3. Mais je m'affole.
Loin de mes premières impressions de joueur blasé, le multi se révèle addictif, loin d'être gadget, et pourvu d'une belle gueule malgré la lenteur de son interface. Il est toujours agréable de se voir proposer un autre point de vue scénaristique, l'autre vision des choses. Même si concrètement cela n'apporte strictement rien au niveau du contenu, juste un agréable challenge à côté d'un solo un poil facile.

